vendredi 19 décembre 2008

Looking for Mr Castang


Diling-Diling ! Une Mère Noël transgenre bat le rappel et distribue du vin chaud à l’entrée du Théâtre Marigny. L’idée est fort bonne et plutôt sympathique à l’image d’Édouard Baer, l’ex-enfant terrible de Canal+, qui présente son dernier spectacle « Looking for Mr Castang ». Mais la reprise prometteuse de ce qui s’annonçait être un voyage musical et spatio-temporel se transforme vite en un patchwork décousu. Les numéros, poussifs et sans saveur sont comme ce petit vin de Noël : ça se boit, mais attention à l’overdose de cannelle !

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lundi 8 décembre 2008

Les Bonimenteurs



Pour la sortie en DVD de leur spectacle, les Bonimenteurs remettent le couvert pour deux soirées exceptionnelles au Casino de Paris. Pour le retour des fils prodigues, l’ambiance était électrique. Les guichetières en panique accueillaient un méli-mélo de fans impatients et de VIP en goguette, tous venus applaudir le duo star de l’improvisation.

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mercredi 3 décembre 2008

Steven Cohen



Le performeur Steven Cohen fait crisser ses talons dans la grande salle du Centre Pompidou. Néons rouges et plateau nu accueillent les trois solos sulfureux de ce mutant transgenre. Une provocation éclatante et inspirée.

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S'agite et se pavane



« S’agite et se pavane » est la dernière pièce d’Ingmar Bergman. C’est aussi une véritable déclaration d’amour pour le théâtre et un kaléidoscope des angoisses métaphysiques de l’auteur. Un challenge pour qui s’y colle et une jolie prise de risque pour le Nouveau Théâtre de Montreuil. Mais Célie Pauthe n’est pas du genre à se laisser impressionner. Elle dépoussière le maître suédois et nous livre une œuvre élégante et habitée.

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Entre chien et loup



« Entre chien et loup » est le premier spectacle de marionnettes en langue des signes française et en français. C’est aussi un voyage ludique dans l’univers des fables de La Fontaine et l’occasion de découvrir un lieu extrêmement chaleureux, l’International Visual Theatre.

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vendredi 24 octobre 2008

Raté-Rattrapé-Raté Nikolaus/Cie pré-o-ccupé



Les trois clowns déjantés de la Cie Pré-o-ccupé posent leurs cartons sous le chapiteau bleu de la Pelouse de Reuilly. Un joli coude à coude entre spectateurs et une trinité défroquée qui sonde le pourquoi du comment sur un mode jubilatoire.

Rentrer sous un chapiteau est toujours un moment chargé de nostalgie. On s'assoit sur les gradins en souriant à ses voisins comme si c'était la rentrée des classes. On fouille la piste du regard pour imaginer le spectacle à venir : des marques au sol, des piles de cartons, des portes en acier estampillées de larges numéros. Puis rien de ce qu'on s'était imaginé ne se produit. Évidemment
avec Nikolaus et ses acolytes barjots, mieux vaut être prêt à tout lâcher, pour rentrer dans le bal de la folie ordinaire. Mais ce voyage burlesque et poétique vaut assurément un petit abandon.

Un grand bonhomme rentre en scène, il est vêtu d'un imperméable et tient dans sa main un petit carnet de note. C'est un peu la doublure hybride de l'inspecteur gadget et de Monsieur Hulot. Il parle avec un accent traînant venu de nulle-part et se propose de nous expliquer l'histoire de la création du monde. Pari savoureusement audacieux pour cette joyeuse équipe de bras cassés. Pour l'aider dans cette tâche herculéenne, ils sont deux : un funambule simplet en slip jaune moutarde, avec une monture de lunette volée à Gotlib et un acrobate minutieux et flegmatique prêt à tout pour faire avancer la science.

Le postulat est posé, le show peut alors commencer. Les numéros se succèdent dans une énergie alternative, où les instants de poésie prennent le pas sur les gags potaches des trois confrères. Les effets spéciaux tomato-ketchup et les bastonnades au pain rance cohabitent naturellement avec les tremblements du funambule et les convulsions de l'équilibriste. Chaque saynète explore les limites de la gravité et de la physique en général. Les clowns jouent à faire peur au public et s'imposent des missions suicidaires où plane systématiquement la possibilité d'une chute, d'un échec, d'un loupé.
Cette fausse précarité de l'équilibre devient même hilarante lorsque le funambule laisse maladroitement tombé ses lunettes et son pantalon en plein exercice de haute voltige.

Très vite la connivence avec le public s'établit. Des « holala » d'empathie fusent ça et là et on arrive parfois à se dire que les numéros frisent le masochisme. Un peu jackass sur les bords. Tendrement poétique au centre. Le climax est atteint lorsque Nikolaus arme une catapulte à oeuf face public.
On pense que cette divine prise d'otage sera le pied de nez final. Encore raté. Les voilà qui nous invitent à partager une dernière danse. Une danse paradoxale : aérienne et entravée, chaotique et harmonieuse. Une danse qui comme eux, réconcilie l'inconciliable.

Fiche spectacle
Raté-Rattrapé-Raté de Nikolaus/Cie Pré-o-ccupé
www.preoccupe-nikolaus.com
Conception : Nikolaus-Maria Holtz et Christian Lucas
Sur une idée originale de et Nikolaus-Maria Holtz
Mise en scène : Christian Lucas
Avec : Nikolaus, clown-jongleur-acrobate ; Mika Kaski, équilibriste ; Pierre Déaux, funambule.
Écriture collective : Nikolaus-Maria Holtz, Christian Lucas, Mika Kaski, Pierre Déaux
Création lumière-scénographie : Hervé Gary
Création musicale : Olivier Manoury

samedi 23 août 2008


Monkey Business



Après le succès d'animal crackers, les Marx brothers sont courtisés par Hollywood. Avec 'Monkey business', les frères finissent d'huiler la machine et nous livrent une comédie pétaradante au rythme endiablé. Une mécanique de l'absurde servie par des gags d'anthologie.

L'histoire.
Quatre passagers clandestins se cachent dans les caves d'un paquebot de croisière qui file tout droit vers New York. L'équipage ne l'entend pas ainsi et pourchasse les quatre marlous qui ne sont autres que... Groucho, Chico, Harpo et Zeppo ! Une course-poursuite des plus burlesques se jouent alors à bord. Très vite et pour garder leur couverture, les frères se mettent au service de deux gangsters rivaux Alky Briggs et Joe Helton et débarquent finalement à New York.
Joe Helton, ancien parrain de la mafia, organise alors une grande fête dans son château pour présenter sa fille à la bonne société new yorkaise. La belle après avoir séduit Zeppo, se fait kidnapper par le gang adverse. Mais c'est sans compter sur le courage des Marx brothers qui viennent la libérer dans l'étable où elle est retenue captive...

Analyse
A l'inverse de « the cocoanuts » et de « the animal crackers », le scénario de monnaie de singe n'est pas basé sur un vieux spectacle des Marx brothers. Et quand on regarde le film, on a une impression de légèreté et de fluidité du scénario. La course en avant des 4 clandestins reste le moteur et l'énergie maîtresse du film. Les gags et les numéros chantés viennent ponctuer l'action sans jamais la plomber. Et l'intention comique répond à une mécanique extrêmement efficace qui repose sur la personnalité et les talents de chaque frère.

Groucho, l'insolent qui ne reconnaît aucune autorité et dont la faconde vient à bout de tout. A force de syllogismes, de mûflerie et de bons mots il tord toutes les situations à son avantage : le gangster Alky Briggs le surprend au lit avec sa femme et va pour le tuer mais à la fin de la séquence, séduit par son culot il l'engage comme bodyguard. Et puis y a Harpo, le clown silencieux sans logique apparente que celle de créer du chaos et de générer des gags. Son univers oscille entre poésie grand guignol et perversité. Ainsi en aïeul lumineux de Benny Hill, il passe une partie du film à effrayer les jeunes femmes et à les pourchasser sur le paquebot. Véritable caution burlesque des Marx, il joue aussi de la Harpe avec brio (d'où son nom) ce qui dans le film est prétexte à faire des pauses musicales, comme dans cette scène où il accompagne une diva, complètement submergé par la tessiture hystérique de cette dernière. Chico fait office de traît d'union entre ses deux univers irréconciliables, l'un extrêmement bavard et spirituel, l'autre complètement lunaire et mimé. C'est le seul à sortir indemne d'une conversation avec Groucho, c'est le grand frère aussi, toujours dans les mauvais coups, il relance l'action et apprivoise les pianos. Zeppo, lui, avec sa gueule d'ange et ses idylles à deux sous prend les restes : figure du jeune premier, il est le seul à être un peu normal dans la fratrie. Tristement invisible.

Monkey business est un film qui va à 300 miles de l'heure. Mais c'est aussi un film qui se laisse le temps d'exploiter ses gags au maximum. Ainsi, des scènes devenues anthologiques se succèdent dans l'urgence et sans jamais obscurcir le canevas très aérien du film : L'épisode magique où les Marx, pour passer la douane tentent de se faire passer pour Maurice Chevalier, avec un Harpo muet qui fait jouer son gramophone à manivelle dans son dos. La séquence géniale où Harpo se bastonne avec un brigadier dans une représentation divinement musclée de Guignol, Chico au piano et ses doigts-revolvers, la partie d'échec ruinée par Harpo, la recherche des clandestins dans les cales et le cocasse jeu de cache-cache dans les tonneaux.

Inventant une forme d'humour chamarrée et métisse, résistant au temps et à l'indifférence des cinéphiles français qui les boudent, les Marx brothers, font ce qu'ils savent le mieux faire, faire rire et ils font ça très bien.

Fiche technique
MONKEY BUSINESS
réalisé par : Norman Mcleod
auteurs : S.J. Perleman, Will B. Johnson, Arthur Sheekman

CAST :
Groucho Marx (Groucho)
Chico Marx (Chico)
Harpo Marx (Harpo)
Zeppo Marx (Zeppo)
Thelma Todd (Lucille Briggs)
Harry Woods (Alky Briggs)
Rockliffe Fellows (Joe Helton)
Ruth Hall (Mary Helton)
Ben Taggart (Captain)
Tom Kennedy (First Officer)
Otto Fries (Officer)
participation de Samuel "Frenchy" Marx (passager sur le paquebot)

vendredi 22 août 2008


L'avventura, de Michelangelo Antonioni



Mai 1960, palais des festivals à Cannes : la projection de L'Avventura est un véritable fiasco. Hué par le public et soutenu par la critique, le film d'Antonioni, touche autant qu'il exaspère. Sublimé par l'interprétation évanescente de Monica Vitti, ce film-manifeste renverse brutalement les codes de la dramaturgie classique pour ouvrir la brèche à un nouveau cinéma de la modernité. La bataille d'Hernani peut (re)commencer...

Synopsis
Evoluant dans les sphères ethérées de la grande bourgeoisie romaine, Anna retrouve son fiancé Sandro et sa meilleure amie Claudia, pour une croisière vers les ïles éoliennes. Sur le bateau, ennui et oisiveté règnent en maîtres. Au cours d'une escale sur l'île volcanique de Lisca Bianca, les amoureux se disputent violemment et Anna, en proie à ses démons personnels s'enfuie en courant dans les dédales rocailleux. Au coucher du soleil, elle n'est toujours pas réapparue et ses amis sont forcés de constater sa disparition. Les recherches commencent alors, d'abord sur l'île puis sur le continent. Mais Anna reste introuvable et très rapidement une force obscure précipite sa meilleure amie Claudia dans les bras de son ancien fiancé Sandro...

Analyse
L'avventura est le plus beau guettapens de l'histoire du cinéma : un titre chargée de promesses qui débouche sur une impasse, une disparition sans résolution, des personnages sans intention. A propos de l'avventura, Antonioni aimait à parler de « film policier à l'envers » : plus on avance dans le film, plus le mystère lié à la disparition d'Anna se délite. L'intérêt de l'enquête est quasi nul et le sujet du film se recentre artificiellement sur le désir coupable des deux amants sans jamais chercher la justification. Le cinéaste bouscule sévèrement les règles du cinéma classique : il broie la structure traditionnelle du récit, invente des personnages ambigus et interchangeables et tire tant qu'il veut sur les ressorts temporels. Son regard aiguisé se pose sur les interstices, les attitudes et les non-dits. Les décors sont hostiles ou insolites : de l'île rocailleuse de Lisca Bianca, au grand hall d'un palace déserté à l'aube.

Les valeurs ainsi portées par le cinéaste répondent à celles du Nouveau Roman, courant littéraire apparu en 1957 (seulement 3 ans avant la sortie du film) et dont les chefs de fil furent Alain Robbe-Grillet ou Nathalie Sarraute. Ce lien ténu entre le Nouveau Roman et le Nouveau Cinéma trouvera sa résolution dans la collaboration artistique de Robbe-Grillet et de Resnais sur 'l'année dernière à Marienbad » autre fleuron de la modernité. Mais c'est définitivement Antonioni qui ouvre la voie avec ce premier volet d'une trilogie fulgurante : il tournera l'Eclipse en 1961 et La Notte dans la foulée en 1962. Cette connivence prend toute son ampleur sous la plume de Nathalie Sarraute dans « l'ère du soupçon ». Ses mots pourraient être ceux d'Antonioni : "II a vu le temps cesser d'être ce courant rapide qui poussait en avant l'intrigue pour devenir une eau dormante au fond de laquelle s'élaborent de lentes et subtiles décompositions; il a vu nos actes perdre leurs mobiles courants et leurs significations admises, des sentiments inconnus apparaître et les mieux connus changer d'aspect et de nom."

Dans ce contexte l'Avventura fait figure de film révolutionnaire. Mais au delà du cas d'Ecole, l'Avventura est une ode à la beauté énigmatique de Monica Vitti. Ennuyée, désabusée et amoureuse, cette poupée sublimée par le noir et blanc se fait ballader entre Rome et Otto sans jamais avoir son mot à dire. Elle porte les robes de la disparue et enfile des perruques noires qui rappellent la chevelure sombre de Léa Massari. Les contours flous et apathiques de sa personnalité finiraient presque par lasser. Mais sa dimension psychologique proche du néant nous laisse le loisir d'épouser chacun de ses gestes et d'adorer sa moue silencieuse autant que ses regards ourlés. On s'ennuie délicieusement. C'est à n'y rien comprendre, mais le cinéaste du tropisme dans un bel élan de mansuétude finit par nous livrer gracieusement la clé du film : "La conclusion à laquelle mes personnages parviennent n’est pas l’anarchie morale. Ils parviennent, tout au plus, à une sorte de pitié réciproque. Cela aussi, c’est vieux, me direz-vous. Mais que nous reste-t-il sans cela ?"


Fiche Film
Un film franco-italien de Michelangelo Antonioni (1960, noir et blanc).

Scénario : Michelangelo Antonioni, Elio Bartoloni et Tonino Guerra
Photographie : Aldo Scavarda
Montage : Giovanni Fusco
Décors : Piero Poletto
Musique : Giovanni Fusco
Production : Cino Del Duca, Europée, Société cinématographique Lyre
Durée : 2 h 20 min
Avec : Monica Vitti (Claudia), Gabriele Ferzetti (Sandro), Léa Massari (Anna).

lundi 4 août 2008

Mariage à l'italienne



Sophia Loren et Marcello Mastroianni sur fond de guerre des sexes. Une bombe italienne et un macho repenti dans une fable drôle et glamour servie à la sauce napolitaine.

Synopsis
Domenico, riche commerçant de la région de Naples entretient une histoire d'amour avec Filumena une jeune prostituée des faubourgs. Crédule et amoureuse, la jolie courtisane se laisse mener par le bout de nez par ce dandy misogyne . Mais lorsque celui-ci décide finalement d'en épouser une autre, la belle sort l'artillerie lourde et fait vivre un véritable enfer à son ancien amant. L'histoire d'une vendetta féminine avec à la clé un beau macho apprivoisé. Nous, on boit du p'tit lait.

Analyse
Bien sûr, 'Mariage à l'italienne' n'est pas un grand film, non mais il fait partie de ces films qu'on aime à regarder en plein mois d'août alors que le chaland déserte les salles obscures. Léger comme une bulle, frais comme un sorbet et indolent comme les sixties. La recette est imparable : un duo d'acteurs plus-mythiques-tu-meurs, une narration à rebondissements et un humour de situation élégant et posé. Vittorio de Sica renoue ici avec un genre très en vogue dans le cinéma transalpin de ces années-là, la Commedia all'italiana. Ce courant marque un retour à l'insouciance en rupture réel avec le néoréalisme italien dont De Sica s'était fait le chantre avec des films tels que 'Umberto D' ou 'Le voleur de bicyclette'. En effet, les préoccupations de la libération semblent déjà bien loin est un souffle de légèreté glisse sur les nouvelles productions.

Sophia Loren versus Marcello Mastroianni. La prostituée catholique en quête de respectabilité face au notable friqué-ganté qui roule en cabriolet. Un match au sommet avec en point d'orgue, des scènes d'amour volées dans les ruines d'une ville bombardée. Un vrai couple sacrée du cinéma avec deux monstres. De quoi renvoyer Liz Taylor et Richard Burton au rayon liste de mariage de la Redoute. Mais l'envoûtement naît précisément de la mythologie immense qui lient ces deux acteurs.
D'abord Sophia Loren. Une icône sexuelle ayant inspirée cette jolie réplique d'Audiard : « Un gentleman c'est quelqu'un qui peut décrire Sophia Loren sans faire de gestes... ». Dans le film elle alterne scènes comiques et dramatiques comme elle change de robes. Simplement, sans paravent. Et puis y a Marcello, dans un beau rôle de salaud. Toujours au coeur de l'intention comique avec sa muflerie assumée qui donne naissance à des séquences d'anthologie. Comme cette scène où il propose (enfin!) à Filumena de lui présenter sa mère et que celle-ci se retrouve sans trop comprendre comment, à lui passer le bassin ! L'ambiance est gueularde et chaleureuse et les seconds rôles semblent plus vrais que nature : des servants trop curieux, des curés pas futés et des mammas un peu duègnes sur les bords.

Avec cette comédie d'un genre nouveau, De Sica fait une chronique ordinaire des rapports homme-femme en Italie. C'est drôle, c'est gai, c'est bien roulé. Un film mineur en mode majeur sublimé par l'éclat redoutable de la beauté pulpeuse de Sophia Loren. On en redemande!


lundi 28 juillet 2008


Aguirre, la colère de Dieu



Dès le premier plan de 'Aguirre, la colère des Dieux' on sait d'emblée que quelque chose ne tourne pas rond. Un défilé lent à flanc de montagne avec des perspectives vertigineuses. On est au coeur de l'Amazonie en 1560.

Synopsis
Un cortège hétéroclite d'indiens et de conquistadores se fraye un chemin au coeur de cette nature hostile et souveraine. Le contexte est celui des invasions espagnoles du XVI ème siècle et de l'effondrement de l'empire incas. Une fresque folle et hallucinatoire qui suit les aventures exotico-historiques d'un groupe de crève-la-faim en quête d' El Dorado. Aguirre, personnage féroce et ambitieux parvient vite à prendre le pouvoir de cette expédition pour devenir le triste roi d'un radeau à la dérive sur le fleuve Urubamba.

Analyse
Ce qui séduit dans ce film de Werner Herzog, c'est d'abord la puissance des contrastes : la crinoline des robes des héritières de Castille dans les terrains boueux de la forêt vierge ou la rage teigneuse d'Aguirre qui se meut en douceur incestueuse quand il s'adresse à sa fille. Le cinéaste adopte un style quasi documentaire pour nous livrer une vision non complaisante du thème de la conquête des Amériques. L'attente interminable, les mutineries, la promiscuité, l'ennui, l'absence des femmes, la violence. Le radeau porte en lui, une forme dérivée de la condition humaine. Sa course semble dérisoire et inutile, et son capitaine, Aguirre, est le plus fou et le plus haineux de tous. Défiant Dieu par sa prétention et par sa soif d'or et de sang.

C'est l'histoire d'une guerre pour l'or, où les flèches empoisonnées tombent des arbres. L'histoire d'un ennemi sans visage, qui résiste sur ses terres. Le mythe du bon sauvage est balayé d'un revers de caméra : l'équipage pénètre dans un village indigène et découvre horrifié les restes d'un festin cannibale. On évite les lieux communs sur l'homme civilisé et l'homme à l'état de nature, thèmes chers à Terrence Malick dans son 'Nouveau Monde' et fascination du pire oblige on découvre que Werner Herzog parvient à dilater le temps pour donner toute sa dimension au concept de lente agonie. Tout ça ne passerait pas si le film ne cédait pas, de temps à autre, à la tentation de l'absurde. Des parenthèses oniriques viennent ainsi ponctuer le récit : un pur-sang se cabre dans les rapides, des princesses se coiffent entre deux exécutions et un navire flotte à la cime des arbres.

Pour incarner Aguirre, un fou galvanisé par la haine et la volonté de puissance, avec toujours en ligne de mire le spectre nietzschéen du surhomme, il fallait un interprète pour le moins aliéné. Et Klaus Kinski est né, jouant cette partition torturée avec toute sa hargne et sa démence. Créant sa propre mythologie : voix rugueuse, yeux exorbités, front d'alien et cheveux d'or. Le tournage fut un cauchemar et une aventure effroyable. La jungle et les rapides furent finalement plus cléments que le caractère impétueux (qui a dit euphémisme?) de l'acteur allemand. Werner Herzog tirera même de ses relations explosives avec son comédien fétiche, le sujet de son très bon documentaire 'ennemis intimes'.

Le film se clôt sur un plan giratoire d'une grande intensité, un tourbillon formel qui se referme sur Aguirre. Son radeau est infesté de petits singes hurleurs, il en tient un dans son poing, signe de la terrible vacuité de sa vie et on assiste, médusé, à la naissance cinématographique d'un des plus grands anti-héros que le Nouveau Cinéma Allemand ait porté : Aguirre, der Zorn Gottes.


vendredi 18 juillet 2008

Bergman, une certaine idée du "Kinematograf"








Quand il écrit 'Persona', Ingmar Bergman a perdu cette foi d'artiste qui l'animait quand, enfant, il concoctait des spectacles de marionnettes pour ses parents: « C'est donc en Avril 1965 que j'ai commencé à noter quelques ébauches du scénario de Persona durant les séquelles de ma pneumonie mal soignée. Mais ce fut aussi une conséquence du bombardement de boules puantes qui étaient venues me frapper jusque dans mon bureau de directeur de théâtre. Et qui faisait que je me posais quelques questions. Pourquoi est-ce que je continue? Pourquoi est-ce que je m'inquiète comme ça? La mission de l'art a-t-elle été relayée par d'autres forces? ». Bergman en proie à des doutes existentiels remet en cause l'essence même de son travail et de son Oeuvre. La réflexion qu'il mène sur l'art cinématographique dans Persona fait alors figure d'exorcisme.

Avec Persona, Bergman jouait sa dernière carte. Les réponses que le film apporte à la question de l'art et de son utilité semblent avoir été plus que salutaires pour le réalisateur suédois: « J'ai dit un jour que Persona m'avait sauvé la vie. Ce n'est pas éxagéré. Si je n'avais pas trouvé la force de faire ce film, j' aurais sans doute été un homme fini ».

A l'origine, Bergman voulait intituler le film « Kinematograf » parce qu'il y mettait à nu les secrets de la création cinématographique. Ce charme de l'impression sur pellicule faisant impression sur l'inconscient. Il révèle au spectateur les artifices de son art par un système de distanciation très brechtien et pose le spectateur en contact direct avec le lourd appareillage des tournages.

- La distanciation brechtienne.

Tout le théâtre de Bertolt Brecht a contribué à tisser un lien interactif entre les comédiens et leur public. En effet dans ses pièces, les personnages font très vite tomber leur masque (ou persona) en provoquant la foule et en haranguant les spectateurs confortablement blottis dans leurs sièges de velours. Cette démarche à pour but de venir chercher l'auditeur dans ses retranchements pour lui demander d'être non plus cette oreille passive qu'il avait coutume d'être mais au contraire un participant actif de la représentation. Ce système de distanciation repose sur la réduction de l'espace scénique à son strict minimum, sur l'épuration de la mise en scène qui constitue souvent une barrière entre le texte et le spectateur et sur la mise en évidence des intentions du dramaturge. Cette démarche engagée introduite par Bertolt Brecht est très vite devenue une pratique courante dans le milieu théâtral.

Elle est par la suite devenu un lieu commun dans l'univers du cinéma.

Mais lorsqu'Ingmar Bergman pousse Harriett Anderson à faire l'un des premiers regards caméra pour 'Un été avec Monika' ce genre de procédé agressif n'est pas encore entré dans les moeurs. Dans 'Persona', Bergman se réapproprie le procédé de distanciation et parvient ainsi à rythmer le scénario par des interruptions impromptues qui forment des espaces de mise en abîme propices à la réflexion du spectateur. Dès le prologue, Bergman se situe dans une esthétique de la cassure et procède à la destruction fragmentaire du mythe du cinéma. Il veut montrer au spectateur la présence de l'appareil de projection. Le prologue débute par le défilement de l'amorce et révèle le décompte des nombres qui suivent le mot « Start ».

Le bourdonnement du projecteur 35mm annonce des plans où la caméra détaille certaines parties de l'appareil : on circule alors entre les tisons ardents d'une lampe à arc, les roues dentées d'une bobine réceptrice, l'oeil vitreux de la lentille de l'objectif qui brille dans la cabine de projection. Les charbons, le projecteur et la pellicule nous apparaissent alors comme des images de ces mêmes objets qui se trouvent dans notre dos de spectateur. L'écran devient donc un vrai miroir. Et par extension, l'histoire projetée, les personnages eux aussi sont des images. Le spectateur toujours en face de l'écran voit la réflexion d'une réalité qui est de son côté. L'imaginaire n'est pour lui qu'une transposition d'un monde réel. Toujours dans l'optique de malmener le spectateur dans ses habitudes de perception, Bergman donne l'illusion de la cassure de la pellicule au beau milieu du film alors que la fascination vient juste de s'installer.

A ses détracteurs qui jugent l'artifice un peu énorme, bergman trouve encore à répondre : « On a beaucoup discuté de cette fameuse interruption dans Persona, au moment où le film se casse. De nombreuses personnes qui savaient toujours mieux que tous les autres estimaient que cette interruption était ridicule, qu'elle détournait l'attention du spectateur... Je crois justement que si l'on détourne un instant l'attention du spectateur et si on la ramène ensuite au film, on augmente son capital santé et disponibilité, on ne le diminue pas. »

Une image toute floue de Liv Ullmann regardant la plage à travers les carreaux, nous confronte au pompage très aléatoire d'une mise au point qui se cherche : l'effet, d'une beauté saisissante, suscite en nous le désir de prendre la place du pointeur pour faire la netteté sur ce visage angoissé. A la fin du fil, Elizabeth Vogler après avoir prononcé le seul mot « rien » dans une volonté de nier le transfert psychologique dont elle a été l'objet, repart faire sa vie loin de l'île de Farö et loin d'Alma. Ce plan de fin porte l'image forte d'Ingmar et de son cadreur (probablement Sven Niqvist), perchés sur une grue, caméra 35mm en prolongement de leur oeil comme pour ne rien laisser de cet élan final de Liv Ullmann. Puis les deux tisons de la lampe à arc disparaissent en fondu sans qu'aucun générique de fin ne vienne se dérouler sur l'écran. Dans le cinéma, la lumière se rallule et le spectateur prend soudain conscience du stratagème élaboré par Bergman. Persona laisse le goût amer de la frustration comme tous ces films qui se continuent au delà de nos regards de spectateur : elizabeth Vogler échappe au regard des caméras et part seule faire sa vie ailleurs, un peu comme nous, spectateurs abrutis qui sortons juste du film pour rentrer dans le réel.





- La place de l'artiste

Dans la préface de Persona intitulée La peau de serpent, Bergman déclarait avoir perdu sa vocation : « La création artistique s'est toujours manifestée chez moi comme une faim... Ces dernières années, ma faim commence à diminuer et je trouve qu'il est important de rechercher la raison même de mon activité.»

Il allait même jusqu'à déclarer que l'art et pas seulement l'art cinématographique, était pour lui sans importance. Dans une période aussi trouble de sa vie d'artiste, il apparaît comme une nécessité de réaliser le film clé résolvant l'équation mystérieuse de la nécessité de l'art : Persona sera ce film.

Dans ce film, Elizabeth est l'allégorie de cet art trouble qui s'impose comme sacré à la masse. Le silence d'Elizabeth Vogler résonne comme la voix d'ingmar Bergman : une voix claire, intègre, une voix qui sait séduire sans abus, une voix qui sait s'effacer quand tout a été dit. D'après lui, tout artiste devrait recevoir de temps en temps un bon coup de pied au cul. C'est ce qui arrive à Elizabeth dans le film : elle est descendue de scène et a enlevé le fard de son visage. Elle a su quitter une position enviable et confortable pour venir s'exposer à la solitude de l'île de Farö. Elizabeth reçoit un choc en regardant à la télé les images d'un bonze qui brûle vif et donne une image pathétique de l'artiste frappé de plein fouet par la réalité. Alma est fascinée par les talents d'Elizabeth et elle semble nourrir un sentiment d'infériorité face aux « détenteurs des arts » : « J'ai une prodigieuse admiration pour les artistes et je trouve que l'art a une signification essentielle dans la vie surtout pour les gens qui ont des difficultés quelles qu'elles soient ». Ecrite par Bergman, cette phrase prend tout de suite une tournure ironique quand on sait que celui-ci n'est jamais parvenu à comprendre l'humilité des gens face à l'art. Face à l'imposture de certains artistes et face à la décrépitude de cet art jadis placé si haut, Bergman affiche un certain cynisme : « La religion et l'art ne sont maintenus en vie que pour des raisons sentimentales telle qu'une politesse de pure convention envers le passé , une bienveillante sollicitude envers les citoyens toujours plus nerveux de la civilisation des loisirs ». Si l'art est mort, le film reste selon Bergman une entité précieuse qui réclame le droit de vivre. En réalisant Persona, Bergman prend conscience des liens qui se nouent entre tous les films préexistants et son nouveau film, il semble ainsi trouver une ultime justification à son travail : «De nos jours, les hommes peuvent refuser le théâtre puisqu'ils vivent au sein d'un vaste drame qui n'arrête pas d'éclater en tragédies locales. J'attrape au vol un grain de poussière. Qu'a-t-il au fait comme importance, aucune, mais ce grain de poussière m'intéresse moi, c'est donc un film. Je me promène avec cette particule capturée de mes propres mains et m'en occupe allègrement ou mélancoliquement, je me fraye un chemin parmi les autres fourmis, nous accomplissons un travail colossal ; la peau de serpent bouge ». Bergman a toujours essayé de casser le mythe du cinéaste magicien qui sortitrait de son feutre, une histoire ronde et bien tournée arrachée au néant avec l'aide de Dieu. Sa culture protestante lui aura sans doute fait comprendre que le travail, la rigueur et l'intégrité payent parfois. La sincérité de sa démarche se retrouve dans les trois commandements du réalisateur édictés par Bergman lui-même :

1- Sois toujours intéressant
2- Agis toujours selon ta conscience d'artiste
3- Chaque film est ton dernier film

Mais son travail et son oeuvre existent aussi parce que l'enfant de Laterna Magica, bien qu'il soit aujourd'hui un très vieux monsieur, a conservé un amour et une curiosité intacte du genre humain : « Voyez-vous, en Suède, nous avons tout ou plutôt nous vivons dans l'illusion que nous avons tout. Mais au milieu de cette vie pleine, nous avons un grand vide. L'illusion perdue de Dieu. C'est ce vide et ce que tous les hommes inventent pour combler ce vide que je décris dans mes films »

lundi 23 juin 2008

Du malheur d'avoir de l'esprit.



Du malheur d'avoir de l'esprit...Ou la naissance d'une figure emblématique de la littérature russe, le triste grand frère d'Ivanov affublé d'une intégrité presque inhumaine.

Trop intelligent pour ses contemporains, trop provocateur pour trouver sa place dans l'étrange ballet de l'aristocratie moscovite, ce pâle cousin d'Alceste s'est amourachée de la plus idiote des petites perles que compte cette société conservatrice. Tchatski a forcément raison contre tous. Sauf que sa grande idée du monde finirait presque par le rendre ennuyeux...Visionnaire, colérique et perturbateur il remonte le fleuve à contre-courant et porte en chacun de ses gestes la marque désespérée de ces destins funestes.

La scène de Chaillot est grande. Infinie, les personnages s'y perdent, volant sur les planches vernis d'un magnifique parquet en point de Hongrie, cherchant des issues à cette vaste comédie où alpha aime beta qui lui même aime...Pour l'occasion Philippe Torreton a enfilé un large manteau à col fourrure, une silhouette très fifties pour une pièce plutôt 1800. Elégant et agaçant, notre Tchatski manque d'humour, à l'insu de la galerie de personnages dépravés et haut en couleurs que nous gribouille Alexandre Griboïedov. Ici les servantes portent le chandelier et se font tripoter sans broncher. Témoins lucides du superficiel va et vient amoureux de leurs maîtres, ces vieillards fardées qui singent les bonnes manières de la haute société française.

Tchatski l'insuportable qui ne supporte rien, le passionné vertueux amoureux de la plus belle ambassadrice de ce monde qu'il exècre, Tchatski, où la liberté, la belle, la grande liberté, celle qui lui permet de contempler d'en haut ces insectes sans imagination, ces pantins guignolesques en mal de modèles. Se débattre salement dans des sables mouvants et trouver le temps de faire un doigt à la populace. C'est un vieux personnage Tchatski, un intime, un tout petit bout de nous. Un gros morceau de moi. Libre comme un enfant malheureux, libre, enfin, d'aller droit dans le mur.

Texte : Alexandre Griboïedov

Mise en scène : Jean-Louis Benoît

Decreation, une chorégraphie de William Forsythe



Pour clôturer la saison danse au Théâtre National de Chaillot, William Forsythe nous offre une variation libre sur l'opéra de la poétesse canadienne Anne Carson. Un livret obtus et sans fioriture qui se propose de creuser jusqu'aux racines mythologiques du triangle amoureux.

Avec Decreation, le chorégraphe américain défie les lois de la gravité et se pose en anti-demiurge. Ici, on dissout la matière, on la tord, pour parvenir à cette forme d'hystérie qui finit toujours par habiter les corps amoureux. Cette quête épileptique de l'idéal, s'articule autour de trois séquences narratives entrecroisées : l'épisode mythologique de Mars et Vénus trompant Vulcain ; un texte de Marguerite Porète, écrivain du XIIIème siècle mettant en balance l'amour de dieu et l'amour courtois ; enfin une évocation spirituelle de la philosophe Simone Weil.

La mixité des propos vient très vite se diluer dans une unité formelle nerveuse et compulsive. La tension oblique des corps suit la ligne alternative et contrastée des émotions. Oscillant entre tendresse et rage, les danseurs évoluent maladroitement, comme s'ils étaient retenus par des chaînes invisibles. L'amour peut-être violent. Les visages, traqués par des canons optiques, apparaissent en géant en fond de scène. Il n'y a pas de musique, que celle des monologues et des répliques assassines que s'assènent les danseurs en anglais ou en allemand. Toutes les phrases sont distordues, bouclées dans un ralenti insoutenable qui transforme leurs mots en rugissements fantomatiques. La sono hurle jusqu'à saturation puis se tait d'un coup comme ça pour voir, pour laisser une toute petite place à l'harmonie ou au silence.

« You give me everything and I give you nothing ». Tout est là, dans ce delta insupportable qui se niche dans les attentes du couple ou du croyant. On prie secrètement pour la paix des âmes et des corps, pour le repos du danseur. On rêve d'une petite fenêtre ouverte. On respire finalement lorsque d'un mouvement commun, les danseurs viennent s'asseoir autour d'une grande table ronde, reculant leur siège en cadence, claquant leurs corps dans un heureux soupir de bodydrum. Puis une âme perdue monte sur la table toute maculée de charbon, et rentre dans une transe brutale. Autour d'elle, une ronde massive de visages hostiles vient renforcer la figure de l'isolement. Des spasmes, de l'excès, des cris. Finalement, le noir tombe sur la salle comme un étau. Le marathon est fini. Mais avec Forsythe, il vaut mieux que ce soit dit, il n'y a pas de répit.

Info complémentaire :

chorégraphie : William Forsythe
d'après un essai d'Anne Carson
mise en scène : William Forsythe
lumière : Jan Walther, William Forsythe
musique : David Morrow
costumes : Claudia Hill
dramaturgie : Rebecca Groves
vidéo : Philip Bussman
son : Niels Lanz, Bernhard Klein
caméra ; Ursula Maurer

avec

Yoko Ando, Cyril Baldy, Francesca Caroti, Dana Caspersen, Amancio Gonzalez, David Kern, Ioannis Mantafounis, Fabrice Mazliah, Roberta Mosca, Tilman O´Donnell, Nicole Peisl, Georg Reischl*, Jone San Martin, Parvaneh Scharafali, Richard Siegal*, Yasutake Shimaji, Ander Zabala

jeudi 12 juin 2008

Méliès, magicien du cinéma



Abracadabra, et un lapin sort du chapeau. Chez Georges Méliès, inventeur du trucage cinématographique et magicien de génie, le lapin aura vite fait de se transformer en décapité récalcitrant ou en homme-tronc, humour caustique oblige.

Ce qui fascine chez cet ensorceleur de pellicule, c'est la résonnance que trouve encore son oeuvre aujourd'hui à l'ère de la 3D m'as-tu-vu et du tout numérique. L'envoûtement est total. On déambule dans une semi-obscurité, fasciné par les automates et les effets d'illusionnistes du siècle dernier. Un univers où se mèlent baroque forain et féérie colorisée.

Avec cette exposition, la Cinémathèque Française fait une proposition de voyage à la source du cinématographe ; à travers le destin tourmenté de ce virtuose, de son âge d'or en 1900 à son déclin après l'apparition des géants Pathé, Gaumont et Eclair. Une réplique de son fameux studio de Montreuil, et des croquis de machinerie nous emmènent au coeur de la folie visionnaire de ce chef d'orchestre qui fut tour à tour, acteur, décorateur, producteur et réalisateur. Une incroyable autonomie dans la chaîne de production qui pourrait aujourd'hui donner des complexes aux auteurs les plus libertaires de la Nouvelle Vague et du Dogme.

Assis en tailleur dans la pénombre, au milieu des chuchotments et des accords de musiques d'un autre âge, les visiteurs écoutent, regardent et se donnent du coude pour les séquences les plus burlesques. Tout est là, le mythique « Voyage dans la lune » (1902) avec ses astres-tarte à la crème, ses explorateurs encapsulés et ses femmes-étoiles, et ses autres films moins connus comme « l'homme orchestre »(1900), « l'homme à la tête de caoutchouc »(1902) ou « La conquête du Pôle » (1912). On aimerait comprendre comment les femmes tombent du ciel retenues par leurs ombrelles, comment les têtes volent pour s'accrocher à une portée musicale, mais voilà, le propre de la magie c'est qu'on ne peut l'expliquer.

Georges Méliès, avant la Grande Guerre, est tombé dans l'oubli, vendant des jouets à Montparnasse pour subsister. Alors on pense à lui, à l'héritage qu'il a légué, on souhaiterait voir des ponts entre son oeuvre et le cinéma actuel, on aimerait revoir le clip-hommage des « smashing pumpkins », on se prendrait même à rêver d'un débat entre deux Georges. Lucas versus Méliès. Sans gant de boxe, juste comme ça, juste pour voir si Malraux avait raison quand il disait : « N'oublions pas que le cinéma, hélas, est aussi une industrie ».

Fiche exposition :
La Cinémathèque Française
Exposition-Rétrospective à partir du 16 avril.
Du lundi au samedi de 12h à 19h et le dimanche de 10h à 20h.